Partager l'article ! SOCIO-ANTHROPOLOGIE DE L'ABSINTHE: Artémisia Absinthium Revival, En Quête du Goût Perdu. Franc-comtois d ...
Franc-comtois d’origine, j’ai toujours entendu parler d’absinthe et avant même de découvrir la Muse Fée Verte à travers les « poètes maudits », cette merveilleuse boisson avait déjà ravi mon gosier. Succombant à son goût, j’ai choisi de lui consacrer ma thèse, sujet qui jusque là n’avait pas fait l’objet d’une étude socio-anthropologique digne de ce spiritueux. Cette thèse de Science Humaine est la première du genre à s’intéresser à la sphère socio-culturelle de l’Absinthe. Elle trouve donc, pour ainsi dire, une motivation, une ambition voire une pertinence scientifiques, mais pas seulement, toutes particulières à mettre à jour un univers thématique pour le moins délaissé et sous-estimé.
Utilisant une démarche résolument socio-anthropologique qui s’ouvre sur les champs thématiques croisés de l’alimentation, du corps et de la santé, cette recherche pratiquera un métalangage transdisciplinaire en s’investissant dans les rapports complexes entre nature et culture, local et global, tradition et modernité, prohibition et légalisation, altérité et identité, mis en œuvre par les acteurs sociaux en lien avec l’absinthe – ceux que nous définirons comme – les « Absintheurs » [1] du XXIème siècle. Prenant comme point de départ une directive européenne de 1988 qui ré-autorise, sous certaines conditions, la production, la vente et la consommation de la boisson, cette thèse portera sur l’étude du phénomène de « Revival de l’Absinthe ». L’enquête de terrain dégagera les significations imbriquées et perçues, les anthropo-logiques élaborées par les acteurs sociaux, autrement dit, c’est bien de la constitution d’une culture de l’absinthe en train de se faire, ou plutôt de se re-faire in fine.
Ma recherche a donc pour objet la réhabilitation de l'absinthe et tentera de saisir les nombreux enthousiasmes socioculturels suscités, aujourd’hui, autour de cette plante transformée en boisson et érigée en mythe. Il s’agit plus exactement d’observer et de saisir comment des pratiques sociales (re-)naissent et se (re-)construisent autour et à travers les processus de production, de consommation et de patrimonialisation d’une boisson, d’une saveur et d’un art de vivre à redécouvrir et en déficit de définition. En somme, pourquoi et comment l’absinthe ressurgit-elle des méandres du passé ? Quels sens et fonctions attribue t’on à l’absinthe aujourd’hui ? J’analyserai les ajustements, les constructions et éventuels problèmes et conflits actuels provoqués par ce fabuleux breuvage des fées, et tenterai à travers les nouveaux discours et manières de le consommer de comprendre ses modes de survivance, de renaissance. Au-delà du but anthropologique évident j’avoue mon envie de contribuer à ma manière, au projet de redorer les lettres de noblesse de l’absinthe, tout en prônant objectivement un usage modéré et raisonné en matière d’alcool, injustement souillée et encore trop souvent mal considérée, comprise et appréciée comme il se doit. C’est aussi pour moi le moyen de mettre en lumière et de protéger cet art de produire l’absinthe, et d’actualiser la vie d’une région qui me tient à cœur et ainsi peut-être, rendre hommage aux personnes pour qui « troubler une bleue » fait partie d’un véritable art de vivre.
Ethnoroad Absinthé, les terrains de l’En-quête.
Mon enquête ethnographique de terrain a débuté
en 2003 sur les territoires qui ont vu naître la fée verte, l'arc jurassien
franco-suisse, m’a fait sillonner
régulièrement la région pontissalienne et celle du Val de Travers. Affichant dès le départ très clairement ma position d’ethnologue et au fil du temps passé sur le terrain, je suis rentré dans le
secret des montagnes en gagnant la confiance de ceux qui y vivent. Mais à titre de comparaison, j’ouvre
aussi mon terrain et mes observations à l’ensemble des lieux et places absinthés européens, du Portugal à l’Espagne en passant par
l’Italie, le Benelux, la Grande Bretagne, l’Allemagne ou encore la Tchéquie, la Hongrie ou l’Autriche.
Mon enquête m’a fait rencontrer tous les acteurs de la filière absinthe, aussi bien des
horticulteurs et cultivateurs que des distillateurs légaux ou clandestins qui tentent de retranscrire
des notions de typicité, d'authenticité, de savoir-faire, et de « bon goût ». En discutant
avec des professionnels de l’écotourisme, des politiques du développement durable et autres membres des confréries ou d’associations,
il s’agissait pour moi de décrire les processus de patrimonialisation de l’absinthe, les procédures de valorisation d'un produit gastronomique, les stratégies de cohésion régionale autour d'une
saveur de terroir apparaissant comme un concept touristique prometteur.
J’ai interviewé bien sûr les consommateurs absintheurs d’horizons sociaux hétérogènes qui s'impliquent au sein de réseaux collectifs de consommateurs, participant à une osmose communautaire, développant des dynamiques d'échanges, de convivialité et de fraternité. J’ai donc attentivement observé les différentes symboliques mises en avant à travers les rituels de consommation d’absinthe, les ambiances initiatiques et l’accession à un certain « savoir-boire ». Je me suis inséré pour cela dans le quotidien de nombreux cercles de buveurs afin d’y saisir et de partager leur passion apéritive.
Par ailleurs, j’ai rencontré de même des professionnels de différents métiers de bouche, comme les chefs cuisiniers, pâtissiers, boulangers et autres maîtres glaciers ou chocolatiers qui utilisent, réintègrent
l’ingrédient absinthe dans de savoureuses préparations. Les différents cavistes, restaurateurs et tenanciers de bars m’ont renseigné également sur les perceptions et attentes des
consommateurs d’aujourd’hui.
Le monde du collectionnisme n’étant pas en reste de mon travail, je me suis penché également sur les motivations et les représentations des
collectionneurs qui contribuent aussi, à leur manière, à définir l’absinthe à travers l’« artémisophilie ».

[1] Les absintheurs sont horticulteurs, distillateurs, cavistes, consommateurs, professionnels des métiers de bouches, buveurs, experts scientifiques, etc…
| Juin 2013 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | |||||||||
| 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | ||||
| 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | ||||
| 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | ||||
| 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | ||||
|
||||||||||